Réécriture en court Nuit du 26 au 27 novembre
Je fais beaucoup de cauchemars, presque chaque nuit, et je m'en souvient, pratiquement à chaque fois.
Créatures dangereuses , pourrissantes et morbides, s'insinuent dans mon sommeil et en font leur royaume, tourmente des réveils en sueur, mouillée de larmes et de terreur, les formes houleuse et puantes sont encore là, tapies dans la nuit. Par habitude, je ne pleure plus seule la nuit, par habitude, je me couche sans craindre ce que mon esprit engendre quand ma raison se repose, par habitude je ne relate plus mes cauchemars décadents, par habitude je ne me perd plus dans les analyses des mondes que je retrouve chaque nuit, par habitude je ne craint plus les sombres créatures que je fait vivre lorsque la lumière est éteinte. Mais je ne m'attendait pas à ça, pas cette nuit, pas comme ça. De ça je n'avais pas l'habitude, personne ne l'as.
Comme moi, certains cauchemars vous semblerons si réel, que, au réveil , réalité et vue de l'esprit s'entremêleront en glapissant sans vous laisser aucun répit.
Comme moi, les sensations d'un rêve peuvent vous assaillir bien plus que celles de la réalité, et vous faire croire et espérer en toute sorte de choses, sensations si prenante que vous les ressentez par tous les pores de votre peau, infinité de petites cellules grises en actions, je touche, je palpe, je sent, je ressent, je vit , je suis morte, je cauchemarde.
Cette nuit là, la vitalité de ses sensations nocturnes a atteint son paroxysme, mon cerveau me livrant la douloureuse expérience de la mort, à portée de main, je la touche, pas comme quand on est poursuivie par quelque créature, non, juste comme elle peut nous prendre, inlassablement, dans la vie de tous les jours, et moi spectatrice de ma propre terreur.
Mon songe commence par une scène sympathique, je suis assise à l'arrière d'une deux chevaux, verte, dans un pré, vert lui aussi, au printemps manifestement, des petites fleurs partout, une sorte de rêve de hippie sous chichon. Je suis sur la banquette arrière, à coté d'une femme que je ne connais pas, longue chevelure rousse, bouclée, mature. Devant , une seule personne, elle conduit, cheveux bruns, épais, jeune, nous roulons dans le pré, la voiture sautille sur les aspérités du terrain, comme une ballerine qui aurait mal au pied un soir de gala.
Je suis sereine, me sent empreinte d'une énergie nouvelle, mystique, je ressent chaque chose et converse allégrement de cela avec ma voisine. Elle m'explique sagement que je peut contrôler mon karma par la pensée, influer sur les choses du temps, enrailler les événements négatifs lorsqu'ils se présentent, je boit ses paroles et m'exerce m'entallement, tandis que la voiture nous chahute.
La voiture s'arrête soudainement, apparemment indépendamment de la volonté de la conductrice, celle ci se retourne, inquiète, puis contemple la clôture blanche qui nous barre le passage. Je reconnaît alors l'endroit, la maison d'elodie, une amie à moi, possédant une maison de campagne , le pré ou s'ébattent les chevaux lorsqu'ils sont lâchés, la clôture électrifié blanche, les boxes à ma droite. La voiture rechigne, puis redémarre. C'est alors que nous ressentons toute la chose, mauvaise, dangereuse, présente, déterminée. Je regarde ma voisine, la voiture recule, seule, à fond.
Aucun bruit, je concentre mon énergie, changer les choses, échapper à la mort, concentrée vers le positif, je peux inverser la course folle de la deux chevaux, foncer vers la clôture, repartir en avant, ne pas aller vers ma fin. La lutte est sans merci, mon esprit se bat, s'efforce d'imposer sa volonté propre, de lutter contre cette force sournoise, effort indicible, au fond de tout mon être , ma voisine fait de même, mais c'est bien moi qui est viser.
La voiture continue à rouler en arrière, l'embrayage crache un bruit du tonnerre, des mots résonne dans mon crâne " aller de l'avant, aller de l'avant", trop tard.
La voiture s'arrete, elle ne repartira pas. Au bord d'une carrière de sable, elle n'existe pas chez mon amie élodie, mais dans ma tête, elle existe, elle m'attend.
Je me retrouve alors sur la jument de mon amie, intimement imprégnée de mon échec, je suis là ou elle voulais que je sois, à la merci du malheur qui m'attend, et qui, inconditionnellement, me frappera bientôt sans que je ne puisse rien faire. Je suis alors emplie d'effroi face à cette fatalité qui m'accable, bien que je le serait bien plus dans quelques instants.
Je galope la jument, beaucoup de gens sont accoudés à la barrière, spectateurs inquiets, mon ancien moniteur, gaël, s'invite lui aussi à la scène, au centre de la carrière, il me dispense ses conseils. Je remarque alors qu'il fait particulièrement beau, me laisse aller au galop, plus de raison de lutter, je glisse dans ma selle, accompagne le mouvement, incurve la puissante jument, prend plaisir à la fluidité qui m'emporte.
La jument pille alors, d'un coup, d'un seul. Je passe par dessus l'encolure, demis tour soigneusement effectué, je retombe sur le dos, sur la barrière, je ne porte pas de bombe, aucun bruit pour cette scène, simplement le visuel du commencement de l'emprise, épreuve irrésistible du désespoir dans lequel je sombre.
J'ouvre les yeux, doucement, je suis allongée au milieu de la carrière, sur le sable chauffé par le soleil, des gens se pressent autour de moi. Mon moniteur gaël, il me regarde, regard vide.
Je tente de dire quelque chose, comprend bien vite que c'est impossible, je ne peux bouger, ni les yeux, ni les lèvres, ni quoi que ce soir d'autre.
Je comprend alors, je le ressent dans ton mon être, je ne respire plus. Chaque parcelle de mon corps constate cela avec le plus de sérieux possible, la sensation est indicible.
Le désespoir m'envahit alors, d'une intensité si forte, rien que j'ai pu connaitre dans la vie éveillée ne fut plus fort que cette émotion résignée qui m'assaillait alors, en face de moi la constatation implacable d être à présent définitivement coupée du monde, tous en en contemplant l'absurdité idiote.
Toujours couchée, mes yeux bougent dans leurs orbites, sans pour autant bouger réellement, mon esprit les faits bouger, mais ils ne bougent pas, ils restent vide, regardent le ciel, morne , ternes, des yeux voilés et morts.
Mon moniteur me prend la main " si tu m'entend, sert ma main", mon cerveau saisi l'occasion, bouger, à tous prix, une simple pression, mais je ne peut rien, l'obscurité est là, bridant chacun de mes mouvements, bridant toute volonté, toute idées. Mon moniteur repose ma main, dépité, désolé. Je hurle, je hurle si fort, j'accroche son bras je tire dessus, je suis là, je veux vivre, il me faut de l'oxygène, respirer .
Il me regarde, elle ne bouge plus, elle ne respire pas, aucun son, rien, évanouie , plus de respiration. Confrontation ultime de mon surmoi face à la réalité, je bouge, mais on ne le voit pas, car je ne bouge pas. Je crie, mais on ne l'entend pas, car je ne crie pas. Inerte sur le sol, je devient légèrement bleu, cellules grises qui commence à mourir, et mes yeux fixent le ciel, si beau, si bleu, et je ne peut rien voir d'autre.
A l'intérieure, la panique est totale, le manque d'air se fait cruellement ressentir, il prend doucement le pas sur la consternation, la peur induite par mon incapacité de solliciter le monde extérieure. j'entend, je voit, mais je ne vit pas. C'est ça la mort, peut être, l'impossibilité d'aller vers l'interaction avec l'autre. L'esprit se résigne alors, le désespoir en quelques secondes, est devenu toile de fond de tout un corps, de toute une âme, et la concentration ultime va maintenant vers l'espérance d'un souffle, de l'air, un peu d'oxygène.
Aucune des personnes présentes ne consent à faire de bouche à bouche, peu être ni pensent 'il pas, peut être pensent 'il que je suis déjà morte, mais je ne suis pas morte, je suis là, j'implore un souffle, je prie pour une bouche contre la mienne, je supplie pour de l'air, que quelqu'un se bouge, merde je suis toujours vivante, j'ai juste besoin de respirer, que quelqu'un si attelle!
Déception, haine , colère, peur, effroi, émotions qui se succèdent dans le corps sans vie, tandis que l'ambulance arrive.
Un vieux type en sort, médecin, il s'agenouille près de moi, contemple mon corps mou, à la manière des légistes de série américaine, le genou au sol, le coude sur l'autre genou, se grattant le menton d'un air inspiré. Mentalement je parle à cet inconnu qui me contemple, de l'air s'il te plait, de l'air...
Il me fixe longuement, secondes paraissant être des jours entiers, mon corps s'enfuit peu à peu, malgré ma volonté de rester près de cet homme , qui je le sait, à les moyens de me faire respirer. Respirer.
Le vieux se lève, il est entouré de plusieurs personnes, infirmiers, pompiers, s'absente un moment.
Je contemple le ciel, toujours tellement bleu, j'entend la jument qui souffle dans un coin, tellement lointaine. J'ai terriblement peur.
Je suis impuissante, comme jamais je ne le fut, prison mentale, prison physique, je regarde le monde derrière un écran de verre. Une sensation de solitude, tellement présente me prend aux tripes, les liquéfies, je suis seule, je ne peut rien. Incapacité à tout, possibilité de rien, atteinte du risque zéro , the point of no return, je suis glacée d'effroi.
Le type revient, il tient un long tuyau. Il m'ouvre la bouche, y glisse l'engin, aucune douleur, je n'en suis plus à ça, le tuyau cherche son chemin dans ma bouche, le type est concentré. Soudain il part loin dans ma trachée, s'enfonce dans mes poumons, sensation saisissante, l'air afflux , c'est vrai, c'est concentré, trop concentré en oxygène.
Je sent mon corps partir alors dans une douce torpeur, je suis stone, on me soulève, on me transporte, le ciel est toujours aussi bleu, je respire, mais je ne bouge toujours pas. Pourtant je suis toujours là, derrière mon écran de verre, le sourire hagard, je suis stone.
Ainsi je fit l'expérience de la mort, comme mon esprit se la représente, cette nuit.
Expérience douloureuse mentalement, comme jamais ne le fut pour moi un cauchemar, traumatisée au plus profond de mon être, je fond en larme à mon réveil, saisi la personne qui dort à coté de moi, heureuse être en vie, heureuse de pouvoir bouger, heureuse de respirer à nouveau.
La terreur qui m'assailli à mon réveil ne peut être décrite, même par les mots les plus profond, les plus forts, les plus odieux, elle me submerge encore, alors que j'écrit cet article, car je garde en mémoire chaque instant de ce cauchemar, mémoire sensorielle, mémoire de la mort.
Je n'ai pas redormi, je ne veux pas redormir. M'exercer à contrôler le destin, obliger mon esprit à aller vers le positif, je dois m'exercer, encore et encore, à aller de l'avant.